Dans mon travail j’explore les manières de donner corps à une matière tissée et j’exploite les limites de mon propre corps lors du processus de création. Mouvement, transformation, impermanence, incertitude, indétermination, altération sont au cœur de mon travail interrogeant les normes de la pratique de la sculpture : la solidité du matériau, la pérennité de l’œuvre et la prédéfinition des formes.
Dans un temps très étendu, je tisse sur mon métier à tisser la matière des sculptures. Des fils de coton et des fils de métal très fins se croisent inlassablement pour fabriquer la matière hybride, à la fois souple et rigide que je vais pouvoir modeler d’un geste aléatoire. Les sculptures à échelle humaine repoussent les limites de ce que mon corps est en mesure de produire dans le temps et l’espace. Après le temps du tissage, je fais émerger les formes dans un lieu spécifique par un corps à corps avec la matière. Celle-ci a son autonomie propre, elle est presque vivante, je ne cherche pas à la contrôler ou à lui imposer une forme. Dans chaque espace la sculpture est rejouée, remise en doute, ce processus implique une pleine présence à l’instant, à la matière, à l’espace et au geste. Il est impossible de retrouver un état préexistant dont il ne reste qu’une trace photographique.
Entre le végétal, le minéral et l’animal – comme des peaux ou des corps recroquevillés – les sculptures semblent lutter pour tenir dans l’espace. Dans mon travail, la recherche d’élévation est contradictoire avec la souplesse et la bidimensionnalité du tissage. Elle devient possible par un jeu d’équilibre entre le poids de la matière et la structure métallique qui la compose. Mais la sculpture tient toujours dans un état précaire, transitoire, figé le temps d’une exposition dans un lieu.
28/03/2026